La question se pose aujourd’hui avec une acuité particulière. Depuis plusieurs semaines, la capitale gabonaise, Libreville, offre un visage peu reluisant, marqué par des tas d’immondices sans cesse croissants qui jonchent les différents points de collecte. Une situation qui interpelle et suscite une vive inquiétude au sein des populations, tant les enjeux sanitaires et environnementaux sont majeurs.
L’entreprise en charge de la collecte des ordures ménagères s’est-elle défaite de ses missions, au mépris de la santé publique ? Cette défaillance apparente soulève de nombreuses interrogations quant au contrat qui la lie à l’État gabonais, mais également quant au rôle et à la capacité d’action de l’autorité municipale.
Il fut un temps où Clean Africa, pour ne citer que cet opérateur, ne ménageait aucun effort pour prévenir de telles situations. La collecte était régulière, de proximité, et le service, bien que perfectible, demeurait globalement acceptable aux yeux des populations. Cette approche contribuait significativement au maintien de la propreté urbaine et à la salubrité de la ville.
Aujourd’hui, l’opinion publique s’interroge : qu’est-ce qui justifie une telle dégradation du service ? L’État fait-il face à des difficultés de paiement vis-à-vis de l’opérateur en charge de la collecte ? Ces interrogations relancent inévitablement le débat sur la contribution pour l’enlèvement des ordures ménagères, adossée à la facture d’électricité.

La Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) continue-t-elle de reverser cette taxe aux ayants droit ? Et si ce n’est pas le cas, pour quelles raisons le contribuable, pourtant régulièrement prélevé, se retrouve-t-il plongé dans une insalubrité prolongée, parfois pendant des semaines ? Cette situation remet également en cause la pertinence et la gestion des taxes annexées à la facture d’électricité, notamment la taxe forfaitaire d’habitation, dont l’efficacité interroge.
Face à cette crise préoccupante, aux conséquences sanitaires potentiellement graves, il devient impératif que les autorités compétentes assument pleinement leurs responsabilités. Il s’agit ici d’un problème d’environnement et de santé publique, qui ne saurait être relégué au second plan.
Ce qui s’apparente, aux yeux de nombreux citoyens, à une forme de démission de l’autorité municipale contraint les populations à recourir à des pratiques dangereuses, telles que l’incinération sauvage des ordures. Excédés par l’accumulation vertigineuse des déchets, certains habitants n’ont d’autre choix que de brûler les poubelles, obstruant parfois les chaussées et aggravant la pollution atmosphérique.
Faut-il attendre le déclenchement d’une épidémie liée au non-ramassage des ordures pour que des mesures urgentes soient enfin prises ? L’exposition prolongée aux odeurs nauséabondes des déchets, riches en composés volatils et en micro-organismes, constitue un risque réel de maladies respiratoires chroniques, cardiovasculaires et d’infections diverses.
À l’heure où le pays s’inscrit dans la dynamique de la Ve République, il est plus qu’urgent que les autorités compétentes apportent des réponses concrètes et durables à cette crise. En attendant, les populations continuent de s’intoxiquer au contact d’un air pollué, dans une indifférence qui pourrait, à terme, coûter cher en vies humaines et en crédibilité institutionnelle.

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