Par Ismaël YATOUMBA
Après huit années d’absence, la Fête de la Culture a fait son grand retour au Gabon. Un pari ambitieux que Paul Kessany, nommé ministre de la Jeunesse et des Sports en janvier 2026, aura réussi à relever avec une organisation qui a placé le patrimoine culturel gabonais au cœur des festivités.
Le pari était audacieux. Après huit années d’interruption, il fallait redonner vie à un événement qui avait marqué plusieurs générations de Gabonais et qui occupe une place particulière dans la valorisation du patrimoine national.

Pour cette 15ᵉ édition, placée sous le thème de la réappropriation de notre culture et de la découverte de la culture bantoue, le Gabon a choisi de renouer avec ses traditions tout en ouvrant une fenêtre sur celles d’un pays frère : le Sénégal.
Pendant trois jours, le public a ainsi pu redécouvrir la richesse et la diversité du patrimoine culturel gabonais à travers plusieurs expressions traditionnelles. Le Bwity, l’Elombo, le Ndjobi, le Missoko, le Melane, le Ngozé ou encore l’Ekounda ont rythmé les festivités, rappelant que la culture gabonaise constitue un patrimoine vivant, riche de ses rites, de ses danses et de ses multiples identités.

La gastronomie n’a pas été oubliée. Les produits et mets issus du terroir ont également occupé une place importante, permettant aux visiteurs de découvrir ou de redécouvrir des saveurs qui participent elles aussi à l’identité culturelle du Gabon.
Les masques traditionnels gabonais, véritables symboles de la diversité artistique et culturelle du pays, ont également été mis à l’honneur. Leur présence a permis de rappeler l’immense potentiel du patrimoine gabonais, notamment dans les domaines de l’art, de l’artisanat et du tourisme culturel.

La musique a, elle aussi, contribué au succès de cette édition. Le grand concert a réuni plusieurs figures emblématiques de la scène musicale gabonaise, parmi lesquelles Pierre Claver Akendengué et François Nguwa, offrant au public un moment de communion autour de la musique nationale.
La présence du Sénégal a donné une dimension particulière à cette édition. À travers sa danse traditionnelle Mbalar et la lutte sénégalaise, le pays invité a permis au public gabonais de découvrir d’autres facettes du patrimoine culturel bantou et africain.

Cette ouverture constitue l’un des intérêts majeurs de la manifestation : célébrer la culture gabonaise sans la couper de ses racines africaines ni du dialogue avec les autres peuples du continent.
Autre geste symbolique : l’invitation de Paul Mba Abessole, considéré comme l’un des initiateurs historiques de la Fête de la Culture.

Cette présence a donné une portée particulière à l’événement. Elle illustre la nécessité de transmettre aux nouvelles générations l’expérience, la mémoire et le savoir-faire de ceux qui ont contribué à construire les grandes initiatives culturelles du pays.
Le proverbe africain selon lequel « ce qu’un vieux voit assis, un jeune ne le voit pas debout » prend ici tout son sens. La rencontre entre l’expérience des anciens et l’énergie de la nouvelle génération peut effectivement constituer un puissant moteur pour la renaissance culturelle du Gabon.

Lorsqu’il a été nommé à la tête du département ministériel en janvier dernier, Paul Kessany héritait d’un secteur confronté à de nombreux défis, notamment celui de redonner de la visibilité aux initiatives en faveur de la jeunesse, du sport et de la culture.
Le retour de la Fête de la Culture constitue, à ce titre, un premier signal positif.
Au-delà des spectacles et des festivités, cette 15ᵉ édition aura surtout permis de remettre la question de l’identité culturelle au centre du débat public. Elle rappelle que la culture n’est pas seulement un divertissement : elle est également un outil de transmission, d’éducation, de cohésion sociale et de développement.

Paul Kessany peut donc légitimement considérer cette renaissance comme une étape importante de son action ministérielle. Le défi, désormais, sera de transformer cette réussite ponctuelle en une dynamique durable, afin que la Fête de la Culture retrouve définitivement sa place dans le calendrier culturel national.
Après huit années d’interruption, le rendez-vous est revenu. Et pour cette première édition de la renaissance, le pari semble avoir été relevé.

Laissez un commentaire