Par Mauricette BADJINA
La conférence annuelle de l’APSA, organisée du 29 au 31 juillet 2026 à Accra, a réuni décideurs publics, experts, régulateurs et professionnels autour d’un enjeu majeur pour l’avenir économique du continent : renforcer la sécurité des revenus des personnes âgées tout en améliorant la capacité des systèmes financiers africains à soutenir le développement.
Placée sous le thème « Repenser la sécurité des revenus des personnes âgées en Afrique : faire face aux réalités d’aujourd’hui et construire la résilience de demain », la rencontre a notamment abordé la question de la portabilité des droits à pension, dans un contexte marqué par une mobilité croissante de la main-d’œuvre africaine.
Mais au-delà des problématiques liées aux retraites, les échanges ont mis en évidence le rôle stratégique que peuvent jouer les fonds de pension et les investisseurs institutionnels dans le financement des économies africaines.
L’un des principaux enseignements de la rencontre réside dans la nécessité de mieux mobiliser l’épargne disponible sur le continent et de l’orienter davantage vers les secteurs productifs.

Les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les banques et les autres investisseurs institutionnels disposent en effet d’importants volumes d’actifs. Une part significative de ces ressources demeure toutefois concentrée sur les titres souverains.
Dans ce contexte, les participants ont appelé à un approfondissement des marchés financiers africains, à une diversification des portefeuilles d’investissement et au développement de nouveaux instruments capables de canaliser davantage l’épargne domestique vers les infrastructures, les entreprises, la transition énergétique et les projets durables.
La participation de la Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF) s’inscrit dans cette dynamique d’échanges entre autorités de régulation africaines.
À travers sa présence à Accra, l’institution entend notamment tirer parti des expériences développées sur d’autres marchés afin d’identifier les mécanismes susceptibles d’être adaptés aux réalités de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Les enjeux sont particulièrement importants pour la sous-région, confrontée à des besoins considérables en matière de financement des infrastructures, de développement du secteur privé et de transition énergétique.
Les présentations nationales ont été clôturées par l’intervention de Jacqueline Adiaba-Nkembé, présidente de la COSUMAF.
La responsable a souligné que les problématiques examinées lors du sommet d’Accra concernent également l’Afrique centrale. Elle a notamment mis en avant la nécessité de renforcer la mobilisation de l’épargne domestique, appelée à devenir un levier important pour le développement du marché financier régional.
Pour la présidente de la COSUMAF, les investisseurs institutionnels doivent être appelés à jouer un rôle croissant dans le financement des investissements de long terme. Une évolution qui doit cependant s’accompagner d’un renforcement des règles prudentielles, de la supervision et des compétences des différents acteurs du marché.
L’objectif consiste ainsi à observer les mécanismes qui ont fait leurs preuves sur d’autres marchés, notamment dans les domaines des fonds de pension, de la gestion collective et de la mutualisation des actifs, afin d’en évaluer la pertinence pour la CEMAC.
La question de la finance durable a également occupé une place importante dans les échanges.
Jacqueline Adiaba-Nkembé a souligné que l’apparition de nouveaux produits financiers et le développement des investissements alternatifs imposent aux régulateurs, aux gestionnaires d’actifs et aux administrateurs de fonds de renforcer continuellement leurs capacités de contrôle et d’adaptation.
Dans cette perspective, l’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ne devrait pas être perçue uniquement comme une exigence réglementaire. Elle peut également contribuer à améliorer la qualité des décisions d’investissement, renforcer la résilience des portefeuilles et consolider la confiance des investisseurs.
La présidente de la COSUMAF a par ailleurs insisté sur l’importance de maintenir un équilibre entre innovation financière et protection des investisseurs, alors que les instruments proposés sur les marchés deviennent de plus en plus diversifiés et complexes.
Autre enjeu mis en avant : le renforcement de la coopération entre les autorités africaines de régulation.
Pour la COSUMAF, les questions relatives à l’adoption des normes internationales, à l’élaboration des taxonomies, à la supervision des nouveaux produits financiers, à la lutte contre le greenwashing, au renforcement des compétences et au partage des bonnes pratiques dépassent désormais le cadre national.

Une coopération plus étroite permettrait aux régulateurs africains de mutualiser leurs expériences et de favoriser progressivement une convergence des approches prudentielles à l’échelle du continent.
Au terme des travaux d’Accra, un constat s’est imposé : l’enjeu pour les marchés financiers africains n’est pas uniquement de rechercher de nouvelles sources de financement, mais également de mieux utiliser les ressources financières déjà disponibles sur le continent.
Cette orientation suppose notamment de renforcer les compétences des régulateurs, des administrateurs de fonds de pension et des gestionnaires d’actifs, tout en développant des instruments adaptés aux besoins des économies africaines.
Pour l’Afrique centrale, la participation de la COSUMAF au sommet APSA constitue ainsi une occasion de poursuivre les échanges d’expériences et d’explorer de nouvelles pistes pour l’évolution du marché financier régional.
À terme, l’ambition est de parvenir à une meilleure mobilisation de l’épargne domestique, à une diversification des opportunités d’investissement et à un financement plus important et plus durable de l’économie dans l’espace CEMAC.

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