Par Mauricette BADJINA
Mieux comprendre les comportements financiers des populations pour mieux orienter les politiques publiques. C’est l’objectif de l’enquête lancée dans plusieurs pays africains dans le cadre de la coopération entre l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF).
Pour la première fois dans la zone CEMAC, le Gabon, le Cameroun et la République centrafricaine participent à cette initiative internationale destinée à recueillir des données comparables sur la culture financière, l’inclusion financière et le bien-être financier des populations.
Cette démarche s’inscrit dans les travaux du Réseau international de l’OCDE sur l’éducation financière (OCDE/INFE), qui développe depuis plusieurs années des outils permettant de mesurer les connaissances et les comportements financiers des populations.

L’édition 2026 introduit ainsi un nouvel outil destiné à évaluer trois dimensions complémentaires : le niveau de culture financière, l’accès et le recours aux services financiers ainsi que le bien-être financier des citoyens.
À travers un questionnaire standardisé, l’enquête doit notamment permettre de déterminer dans quelle mesure les populations ont accès aux services financiers, les utilisent et comprennent les produits auxquels elles sont exposées. Elle vise également à apprécier leur capacité à prendre des décisions financières adaptées à leur situation.
Dans la sous-région d’Afrique centrale, trois États prennent part à cette première expérience : le Gabon, le Cameroun et la République centrafricaine.
Les données recueillies devraient permettre d’établir un état des lieux plus précis de l’inclusion financière dans ces pays et de mettre en perspective leurs résultats avec ceux d’autres États participant à l’enquête.

Pour la COSUMAF, cette initiative constitue une étape importante dans la coopération avec l’OCDE. Elle doit également contribuer à mieux identifier les besoins, les pratiques et les difficultés rencontrées par les populations dans leur rapport aux services financiers.
Au total, l’enquête est déployée dans six pays et doit permettre de disposer d’indicateurs harmonisés susceptibles d’alimenter une comparaison internationale des niveaux de culture, d’inclusion et de bien-être financiers.
L’enjeu de cette étude ne se limite pas à savoir combien de personnes disposent d’un compte bancaire ou utilisent un service financier.
Il s’agit également de mesurer la capacité des citoyens à comprendre les mécanismes financiers, à utiliser de manière appropriée les produits disponibles et à prendre des décisions susceptibles d’améliorer durablement leur situation économique.

Cette approche rejoint les orientations de l’OCDE en matière de culture financière. La Recommandation de l’OCDE sur la culture financière, adoptée en 2020, encourage notamment les pouvoirs publics à s’appuyer sur des données fiables et comparables pour concevoir, mettre en œuvre et évaluer leurs politiques d’éducation et de culture financières.
Pour les pays de la CEMAC concernés, les résultats de cette enquête pourraient constituer un outil d’aide à la décision. Ils devraient permettre aux autorités publiques et aux acteurs du secteur financier de mieux identifier les populations insuffisamment couvertes, les obstacles à l’accès aux services financiers ainsi que les besoins en matière d’éducation financière.
L’objectif, à terme, est de favoriser des politiques plus adaptées aux réalités économiques des populations et de contribuer à une meilleure utilisation des services financiers.

Avec cette initiative, le Gabon, le Cameroun et la République centrafricaine franchissent ainsi une nouvelle étape dans la connaissance des pratiques financières de leurs populations. Pour la CEMAC, l’enjeu est désormais de transformer les données recueillies en leviers concrets pour renforcer l’inclusion financière et améliorer le bien-être économique des citoyens.
Une première dans la CEMAC qui pourrait ainsi fournir aux décideurs des indicateurs essentiels pour mieux comprendre les réalités financières des populations et orienter les politiques publiques sur la base de données harmonisées et comparables.

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