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La route, une tueuse silencieuse : l’État face à ses responsabilités

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Au Gabon, la route n’est plus seulement un facteur de désenclavement et de développement. Elle est devenue, au fil des années, une tueuse silencieuse, fauchant quotidiennement des vies dans une indifférence institutionnelle de plus en plus préoccupante. Les accidents de la circulation se succèdent à un rythme alarmant, révélant les failles béantes de la gouvernance du secteur des transports.

La récente tragédie survenue à Essassa, au point kilométrique 19, ayant coûté la vie à sept (7) compatriotes, n’est ni un fait divers isolé ni une simple fatalité. Elle est la conséquence directe d’un système défaillant, marqué par la complaisance administrative, l’absence de contrôle rigoureux et la démission progressive de l’autorité publique face à l’incivisme routier.

La question du permis de conduire cristallise à elle seule cette dérive. Comment expliquer que des chauffeurs sans formation adéquate, parfois sans permis ou détenteurs de documents acquis frauduleusement, puissent exercer librement le transport de personnes sur les routes nationales ? Cette situation pose clairement le problème de la responsabilité de l’État, garant de la sécurité publique. Le laxisme observé dans les procédures d’octroi du permis de conduire engage directement les administrations concernées, dont l’inefficacité nourrit l’insécurité routière.

Au-delà des conducteurs, c’est l’absence d’une véritable politique nationale de sécurité routière qui interpelle. Les contrôles routiers demeurent sporadiques, souvent concentrés sur des opérations ponctuelles à forte portée médiatique, mais sans réelle continuité. Le dépistage de l’alcoolémie, pourtant reconnu comme un outil dissuasif majeur, reste marginal, alors que l’alcool continue de figurer parmi les principales causes des accidents mortels.

Cette défaillance de l’action publique est d’autant plus préoccupante que le secteur du transport routier semble évoluer en marge de toute régulation sérieuse. Les syndicats de transporteurs, parfois peu structurés ou instrumentalisés, ne jouent pas pleinement leur rôle de partenaires de l’État. L’absence d’un cadre contraignant obligeant l’affiliation à des organisations représentatives empêche tout suivi efficace des chauffeurs et des exploitants de véhicules.

Face à cette situation, l’État ne peut plus se contenter de discours compassionnels après chaque drame. Il est temps de passer à une gouvernance de fermeté et de responsabilité. Cela implique une réforme profonde du système de délivrance des permis de conduire, un renforcement permanent des brigades de sécurité routière, l’application stricte du Code de la route, ainsi que des sanctions exemplaires contre les contrevenants, sans distinction ni complaisance.

La sécurité routière est une question éminemment politique. Elle renvoie à la capacité de l’État à protéger la vie de ses citoyens. Tant que la route continuera de tuer en silence, c’est l’échec des politiques publiques qui sera mis en cause, et avec lui, la crédibilité même de l’action gouvernementale.

 

Par Christian MAGANGA

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