Trois ans après le tragique naufrage du ferry Esther Miracle, la douleur reste intacte. Le 9 mars 2026, familles des victimes, rescapés et proches se sont rassemblés à la Baie des Rois, à Libreville, pour honorer la mémoire des disparus et rappeler l’exigence de vérité et de justice.
Placée sous le signe du souvenir et du recueillement, cette troisième commémoration a également été marquée par une forte charge émotionnelle et par l’appel à une vigilance accrue pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.
La cérémonie s’est ouverte par un culte interconfessionnel, symbole de l’unité dans le deuil. Musulmans, catholiques, chrétiens évangéliques et adeptes des traditions spirituelles se sont réunis dans une même prière pour les victimes.

L’imam Abou Abubakar Yunussa Boucka a conduit les premières invocations :
« C’est une grâce pour nous qui sommes encore en vie. Nous sommes de tout cœur avec les familles des victimes. Qu’Allah donne la force à toutes les familles qui ont perdu un être cher dans ce naufrage. »
Dans la continuité de ces prières, une messe de requiem a été célébrée pour les défunts et pour les rescapés, ouvrant un moment de recueillement solennel.
Trois ans après la tragédie, les rescapés témoignent d’une mémoire encore vive et d’un traumatisme difficile à surmonter.

« Nous avons vu la mort de très près cette nuit-là. Beaucoup de nos frères et sœurs ne sont jamais revenus. Trois ans après, nous sommes ici pour honorer leur mémoire et pour que la vérité soit faite », confie l’un d’eux.
Pour beaucoup, survivre n’efface pas la blessure.
« Survivre ne veut pas dire oublier. Chaque année, la douleur revient et nous pensons toujours à ceux qui ont perdu la vie dans ce drame. »
Parmi les témoignages les plus bouleversants, celui de la jeune orpheline Doukolo Emmanuela, qui a perdu son père dans le naufrage.
« Depuis la mort de notre père, ma petite sœur et moi traversons des moments très difficiles. Nous n’avons reçu aucun soutien des autorités. Revenir ici aujourd’hui et revivre ces souvenirs est très douloureux. »
Les veuves des victimes ont également exprimé leur peine et leur détermination à continuer d’avancer malgré l’épreuve.
« Nous n’oublierons jamais nos époux partis dans ce drame, mais nous prions pour que nos enfants et nous-mêmes trouvions la force de continuer.

Dans son message de réconfort, le pasteur Bingou Nzamba Martial a rappelé l’espérance spirituelle face à la douleur.
« Le Seigneur n’abandonne pas ses enfants. Dieu est le Père des orphelins et il sera avec vous jusqu’à la fin du monde. »
La présidente de l’association des familles des victimes, Kogou Moussavou Chantly Verda a souligné que, trois ans après, les familles vivent toujours dans l’attente de réponses.
« C’est toujours la même douleur, les mêmes questionnements et le même désir de justice. Le début du procès représente un espoir pour toutes les victimes, afin de mettre un peu de lumière sur ce qui s’est réellement passé dans ce bateau. »
Elle a également insisté sur la nécessité d’un accompagnement psychologique et social pour les victimes.
« Il y a des veuves et des orphelins dont les destins ont été brisés. Beaucoup ont du mal à survivre aujourd’hui. Nous espérons que les autorités mettront en place un véritable suivi pour ces familles. »
L’association milite aussi pour l’érection d’un lieu de mémoire dédié aux victimes.

« Nous espérons qu’une stèle ou un espace de recueillement sera installé au port, afin que chaque 9 mars les familles puissent venir se souvenir. »
Pour le rescapé Kadhafi Malam, cette commémoration doit également servir d’alerte collective.
« Il faut éveiller les consciences pour que cela ne se reproduise plus jamais au Gabon. Cela passe par une meilleure organisation du transport maritime et par le respect strict des règles de sécurité. »
Selon lui, la justice jouera un rôle déterminant pour que cette tragédie ne tombe pas dans l’oubli.
« Il est important de continuer à en parler chaque année afin que les gouvernants de demain se souviennent qu’il y a eu l’Esther Miracle. »

La cérémonie s’est achevée dans un silence chargé d’émotion devant l’autel dédié aux victimes. Des gerbes de fleurs ont été déposées et des bougies allumées, tandis qu’une projection vidéo retraçait les visages et les souvenirs des disparus.
Dans l’assistance, adultes et enfants avaient les yeux embués de larmes.
Trois ans après le naufrage de l’Esther Miracle, le temps n’a pas effacé la douleur. Mais à la Baie des Rois, entre prières, témoignages et espoir de justice, les familles ont réaffirmé leur détermination à préserver la mémoire des disparus et à transformer ce drame en leçon pour l’avenir.
Par Mauricette BADJINA

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