Par Mauricette BADJINA
Et si l’intelligence artificielle devenait l’un des nouveaux outils de sauvegarde de la mémoire culturelle gabonaise ? C’est autour de cette question que s’articule la 6ᵉ édition du Salon des métiers de l’audiovisuel et du numérique (SAMEAU), ouverte ce mercredi 16 septembre au Musée national des Arts, Rites et Traditions du Gabon.
Jusqu’au 19 septembre, professionnels des médias, créateurs de contenus, jeunes talents, institutions et acteurs du numérique se retrouvent autour d’un thème qui se situe au croisement de la tradition et de la technologie : « Entre mémoire et innovation : l’intelligence artificielle au service de notre patrimoine culturel ».
Organisée par Gab Culture Events, cette nouvelle édition entend interroger la place des technologies émergentes dans la préservation, la transmission et la valorisation de l’identité culturelle gabonaise.
Pendant quatre jours, le SAMEAU propose un programme destiné aussi bien aux professionnels qu’aux jeunes désireux de découvrir ou de renforcer leurs compétences dans les métiers de l’audiovisuel et du numérique.
Prise de parole en public, journalisme, podcast, média training, communication institutionnelle, personal branding, création de contenu, intelligence artificielle, marketing digital, réseaux sociaux, photographie et montage vidéo figurent notamment au programme des formations et échanges.

Le public peut également découvrir le Village numérique, plusieurs stands d’exposition ainsi qu’une exposition photographique.
Autre temps fort : SAMEAU’SHOT, un concours destiné à mettre en lumière les photographes et à contribuer à la constitution d’une mémoire visuelle du Gabon.
Le choix du Musée national pour accueillir cette sixième édition apparaît en cohérence avec la thématique retenue.
Dans son mot de bienvenue, Joël Maxime Madama Madoungou, représentant de la direction générale du Musée national, a rappelé la vocation première de l’institution : conserver et transmettre la mémoire collective.
Dans cette perspective, le numérique et l’intelligence artificielle peuvent constituer de nouveaux outils pour documenter les collections, faciliter leur accès, renouveler les modes de médiation et rapprocher davantage le patrimoine des jeunes générations.
Une conviction ressort toutefois : l’innovation ne saurait se substituer à la mémoire. Elle doit contribuer à sa transmission tout en respectant l’authenticité, l’histoire et la valeur des éléments patrimoniaux.
Présent à la cérémonie d’ouverture, le représentant de l’UNESCO, Patricio Zambrano Restrepo, a salué la continuité du SAMEAU et sa capacité à réunir professionnels expérimentés, jeunes talents, créateurs, institutions et partenaires.
Il a souligné les transformations déjà engagées dans les métiers de l’audiovisuel, du journalisme et de la communication sous l’effet du numérique et de l’intelligence artificielle.

Si ces technologies ouvrent de nouvelles possibilités de création et d’innovation, elles soulèvent également des questions relatives à la protection des données, aux droits fondamentaux et à l’éthique.
Pour l’UNESCO, l’IA doit ainsi demeurer un outil au service de l’humain, du progrès et du bien commun, dans le respect de la dignité humaine et de la diversité culturelle.
La jeunesse occupe, dans cette transformation, une place centrale. Sa créativité et sa capacité à s’approprier les nouvelles technologies constituent un potentiel qui nécessite, selon l’organisation, davantage de formation et d’opportunités.
Dans un contexte marqué par la circulation rapide de l’information, le représentant de l’UNESCO a également insisté sur l’importance d’un journalisme fondé sur la rigueur, l’éthique et la responsabilité.
L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), représentée par Alphonse Waguena, figure également parmi les partenaires du SAMEAU.
L’organisation accompagne le salon depuis cinq ans. Pour son représentant, cette démarche rejoint les ambitions de la Francophonie, notamment celles qui consistent à faire de la culture un espace de dialogue, de création, d’innovation et d’opportunités pour la jeunesse.

La mémoire culturelle, estime-t-il, ne doit pas rester confinée aux musées, aux bibliothèques ou à la transmission orale. Les outils numériques peuvent permettre de la faire circuler auprès de nouvelles générations.
L’intelligence artificielle pourrait notamment contribuer à la numérisation et à la restauration d’archives audiovisuelles, à la préservation de documents fragiles ou encore à la documentation des langues, récits, musiques, traditions et savoir-faire.
Mais derrière la multiplication des contenus générés par l’IA se pose une autre question : quel sens donner à cette production et comment garantir qu’elle contribue réellement à la préservation des identités et de la diversité culturelle ?
L’OIF attire également l’attention sur les enjeux que pose l’IA générative aux industries culturelles et créatives, notamment concernant la protection des œuvres, l’emploi artistique et l’authenticité des contenus.
À l’origine du SAMEAU, Jennifer Nupsia de Mayombo, épouse Kangouna, présidente du salon, a livré un témoignage marqué par six années de persévérance.

Elle a évoqué un parcours jalonné de travail, de doutes, de difficultés, de refus et de portes parfois fermées, mais également porté par la conviction que l’audiovisuel, le numérique et la création de contenus représentent de véritables opportunités pour la jeunesse gabonaise.
Pour cette sixième édition, un accent particulier est mis sur le métier de photographe.
La présidente du SAMEAU souhaite notamment encourager les professionnels du secteur à mieux se structurer et à se regrouper afin de renforcer la représentation et la reconnaissance de leur métier.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit SAMEAU’SHOT. Le concours doit permettre de collecter des images du Gabon d’hier, d’aujourd’hui et de demain, avec l’ambition de constituer une véritable photothèque numérique du patrimoine gabonais.
Représentant le ministre de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts, chargé de la Vie associative, Andy Nziengui Nziengui, directeur de cabinet du ministre Paul-Ulrich Kessany, a salué la persévérance de la présidente du SAMEAU ainsi que l’engagement des différents partenaires.
Il a rappelé l’importance accordée par son département à la culture, à l’innovation et à la jeunesse.
Dans son intervention, il a défendu une approche de la culture qui ne se limite pas à la conservation du patrimoine, mais qui l’envisage également comme une source de création, d’emplois et d’opportunités pour les jeunes.

Audiovisuel, photographie et numérique offrent désormais de nouveaux moyens de préserver une langue, un récit, une tradition ou encore le témoignage d’une génération.
L’intelligence artificielle peut, dans ce cadre, contribuer à restaurer, numériser, traduire, indexer et rendre plus accessible le patrimoine. Mais elle doit, là encore, rester un outil destiné à renforcer les capacités des créateurs et non à effacer leur rôle.
Avec cette sixième édition, le SAMEAU entend donc aller au-delà du simple rendez-vous professionnel.
Pendant quatre jours, le Musée national se transforme en espace de rencontre entre culture, technologie, formation, création et entrepreneuriat.
Professionnels, jeunes talents, institutions et créateurs y confrontent leurs expériences et explorent les nouvelles opportunités offertes par la transformation numérique.
Au fil des interventions, un même enjeu se dessine : comment préserver la mémoire culturelle gabonaise tout en donnant aux nouvelles générations les moyens de la raconter avec les outils de leur époque ?
Avec les formations, le Village numérique, les expositions et le concours SAMEAU’SHOT, cette sixième édition entend apporter un début de réponse : faire de l’innovation non pas une rupture avec le patrimoine, mais un nouveau moyen de le documenter, de le transmettre et de le faire rayonner.

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