Par Mauricette BADJINA
La culture Massangu est à l’honneur à l’esplanade de la Maison Georges-Rawiri. Depuis ce samedi 8 août, la communauté célèbre son histoire, ses langues, ses traditions et son patrimoine à l’occasion de la première édition du Festival culturel Massangu, placée sous le thème « Entre héritage et modernité ».
Pendant deux jours, les filles et fils de la communauté, les autorités traditionnelles, les représentants de la diaspora, les partenaires et les invités se retrouvent autour d’un même objectif : faire vivre la mémoire collective et transmettre aux nouvelles générations un patrimoine culturel riche et diversifié.
Pour cette première édition, les organisateurs ont misé sur une programmation particulièrement riche. Conférences-débats, panels, exposition-vente d’objets d’art, ateliers de vannerie, initiation à la langue sàangû, arts culinaires, danses et chants traditionnels figurent notamment au programme.
Le public peut également découvrir un musée traditionnel, écouter des contes et légendes, suivre le récit de l’épopée Moussodou, assister à la nuit des masques, à une veillée de Bwiti ainsi qu’à un grand concert.
Au-delà du caractère festif de la manifestation, le festival pose une question essentielle : comment préserver son identité culturelle tout en évoluant dans un monde en pleine transformation ?
C’est tout l’enjeu du thème choisi pour cette première édition.
Le festival se veut également un moment de rassemblement pour les ressortissants des cinq localités historiques associées à la communauté Massangu : Ibundji, Popa, Mimongo, Bigu et Libam, auxquels s’ajoutent les membres de la diaspora.
L’événement offre ainsi un espace de rencontre entre générations. Les anciens sont invités à partager leurs connaissances, leurs récits et leurs savoir-faire, tandis que les plus jeunes sont appelés à s’approprier cet héritage pour mieux le préserver et le faire évoluer.
Sur le site du festival, chants, danses, échanges et démonstrations culturelles donnent à l’esplanade de la Maison Georges-Rawiri l’allure d’un véritable village culturel.
Marraine de cette première édition, la ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, a placé son intervention sous le signe de la mémoire, de la transmission et de la fierté culturelle.
Devant les sages, les autorités traditionnelles, les invités et les membres de la communauté, elle a salué une initiative qu’elle considère comme importante pour la sauvegarde du patrimoine Massangu.

S’appuyant notamment sur le proverbe Massangu « V’kayit mamba, v’sakayit brah iman », présenté comme une invitation à ne jamais oublier ses origines, la marraine a insisté sur l’importance de rester connecté à son histoire.
« Nous ne devons pas oublier d’où nous venons », a-t-elle déclaré, tout en affirmant avec fierté son appartenance à la communauté Massangu.
Pour la ministre, la naissance de ce festival constitue un acte fondateur en faveur de la préservation de l’héritage culturel, de la transmission de la mémoire collective et du renforcement des liens de fraternité.
Dans son intervention, Camélia Ntoutoume Leclercq a également dépassé le cadre strictement communautaire pour inscrire la manifestation dans une perspective nationale.
Selon elle, la culture ne se résume pas à un ensemble de traditions. Elle représente à la fois la mémoire d’un peuple, le socle de son identité et un héritage à transmettre aux générations futures.
La diversité culturelle gabonaise peut ainsi devenir un facteur de cohésion plutôt qu’un motif de division.
La valorisation des langues, des traditions et des patrimoines contribuerait dès lors au renforcement du vivre-ensemble et à la construction d’une société davantage consciente de ses racines et de sa diversité.
Le thème du festival prend une dimension particulière lorsqu’il est confronté aux réalités de la jeunesse.
À l’heure où les nouvelles générations évoluent dans un environnement fortement marqué par la mondialisation et les nouvelles technologies, la question de la transmission des identités culturelles se pose avec davantage d’acuité.
Les organisateurs entendent justement faire du festival un espace de dialogue entre les générations.

Les conférences et les panels permettent aux anciens de transmettre leurs connaissances, tandis que les jeunes sont invités à découvrir leur histoire, apprendre leur langue et s’approprier les traditions héritées de leurs ancêtres.
La marraine a ainsi appelé la jeunesse à faire de ses racines une force plutôt qu’une contrainte.
La réflexion autour de la transmission s’est également poursuivie avec l’intervention du professeur Vincent Moulengui Boukosso.
Son exposé a abordé plusieurs dimensions de la culture, notamment l’histoire, la mémoire, les langues, les pratiques traditionnelles et la spiritualité.
L’un des principaux enseignements de son intervention réside dans la nécessité de considérer la culture comme une réalité vivante, et non comme un patrimoine figé dans le passé.
La transmission des savoirs, la connaissance des langues et la compréhension des pratiques ancestrales constituent ainsi des éléments essentiels pour permettre aux jeunes générations de mieux comprendre leur histoire et de construire leur avenir.
La programmation du Festival culturel Massangu traduit concrètement cette volonté de préserver et de valoriser le patrimoine.
À travers les ateliers de vannerie, les participants peuvent découvrir des savoir-faire artisanaux. L’initiation à la langue sàangû contribue quant à elle à la sauvegarde du patrimoine linguistique.
Les arts culinaires permettent également de mettre en valeur les pratiques gastronomiques traditionnelles.
Danses, chants, contes, légendes, récit de l’épopée Moussodou, nuit des masques et musée traditionnel viennent compléter cette immersion dans l’univers culturel Massangu.
La veillée de Bwiti et le grand concert apportent enfin une dimension spirituelle et artistique à cette programmation.

Le public n’est donc pas seulement spectateur. Il est invité à écouter, découvrir, apprendre et participer.
Pour les organisateurs, cette première édition doit surtout servir de point de départ à une initiative appelée à s’inscrire dans la durée.
Le festival bénéficie du soutien et de l’implication de plusieurs personnalités, parmi lesquelles Edgar Moukoumbi, Mark Alexandre Doumba, Régis Massimba, directeur général de Gabon Première, Eloi Nzonda Célestin Idiata, ainsi que les patriarches Jean-Marie Nzengui Moulengui, Henry Mbingui et Moussounda Moukani.
L’association Baghiétû, Bê Bighobe, Moulengui Mabende, le général Sylvain Florent Pango Mbembo, les autorités traditionnelles et le comité d’organisation participent également à cette dynamique.
L’ambition affichée est claire : faire de ce rendez-vous un événement culturel durable et, à terme, lui permettre d’intégrer le calendrier culturel national.
Au terme de cette première journée, le message porté par le festival apparaît clairement : un héritage culturel ne peut véritablement survivre que s’il est transmis et réapproprié par les nouvelles générations.
En réunissant anciens, jeunes, familles, diaspora et autorités autour de la culture Massangu, le festival crée un espace où la mémoire peut dialoguer avec la modernité.
Il rappelle également que préserver une identité culturelle ne signifie pas se refermer sur soi. Au contraire, la connaissance de ses origines peut permettre de mieux comprendre les autres et de contribuer davantage au patrimoine culturel commun.
De la langue aux arts, des récits ancestraux aux expressions contemporaines, le Festival culturel Massangu entend ainsi ouvrir une nouvelle page de son histoire.
Entre héritage et modernité, le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre le passé et le présent, mais de transformer la mémoire des ancêtres en une force capable d’éclairer l’avenir.

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