Accueil International / Diplomatie Louise Mushikiwabo : un troisième mandat à l’OIF au regard du bilan de ses deux premiers
International / Diplomatie

Louise Mushikiwabo : un troisième mandat à l’OIF au regard du bilan de ses deux premiers

Partager
Partager

Par HBM

Louise Mushikiwabo est officiellement candidate à un troisième mandat. Soutenue par le Rwanda, la diplomate entend prolonger son action à la tête d’une organisation qui compte aujourd’hui 90 États et gouvernements. Son éventuelle reconduction sera décidée par les chefs d’État et de gouvernement lors du XXe Sommet de la Francophonie, prévu les 15 et 16 novembre 2026 au Cambodge.

Élue pour la première fois à Erevan en octobre 2018, Louise Mushikiwabo a pris ses fonctions en janvier 2019. Elle a été reconduite pour un deuxième mandat lors du Sommet de Djerba, en novembre 2022. La Charte de la Francophonie prévoit que le mandat du secrétaire général est de quatre ans et peut être renouvelé.

Pour cette nouvelle bataille électorale, la candidate rwandaise met principalement en avant la continuité. Lors de la présentation de sa vision stratégique en juin 2026, elle a défendu l’idée d’une OIF « plus influente, plus solidaire, mieux gouvernée », estimant que l’organisation devait désormais donner davantage d’ampleur aux réformes et programmes engagés.

Depuis son arrivée, Louise Mushikiwabo a fait de la modernisation de l’OIF l’un des principaux axes de son action. L’organisation affirme avoir engagé des réformes portant notamment sur la gouvernance, la gestion administrative et financière, les ressources humaines, les systèmes informatiques et les outils numériques.

Un nouveau règlement financier a notamment été adopté afin de simplifier le cadre normatif, renforcer la responsabilisation et améliorer la reddition de comptes. L’OIF a également renforcé ses mécanismes d’audit interne, de contrôle, de gestion des risques et d’éthique.

Cette volonté de rationalisation s’est accompagnée d’un recentrage des activités de coopération autour de projets considérés comme prioritaires et susceptibles de produire davantage d’impact. Dès les premières années de son mandat, la secrétaire générale défendait ainsi une logique consistant à « faire mieux » en concentrant les moyens sur les domaines dans lesquels l’OIF estime disposer d’une réelle valeur ajoutée.

Le bilan de Louise Mushikiwabo ne se limite pas à la réforme administrative. Sous son mandat, l’OIF a continué à renforcer ses interventions dans plusieurs secteurs : éducation, jeunesse, numérique, entrepreneuriat, égalité femmes-hommes, développement durable et gouvernance.

La langue française demeure également au centre de cette stratégie. L’OIF a notamment engagé, à partir de 2019, une réflexion plus structurée sur la langue française et son évolution dans un environnement marqué par le multilinguisme et la transformation numérique.

La jeunesse constitue également l’une des priorités affichées par la secrétaire générale. Une consultation menée auprès de jeunes de l’espace francophone en 2023 a réuni 1 607 participants et recueilli plus de 28 000 contributions provenant de 45 États et gouvernements. Les résultats ont notamment nourri les réflexions de l’organisation sur la démocratie et la gouvernance.

Sur le terrain politique et diplomatique, l’OIF cherche également à renforcer son rôle dans la prévention des crises, l’accompagnement des transitions et des processus électoraux.

Lors de sa session de juillet 2026, le Conseil permanent de la Francophonie a notamment fait le point sur l’action de l’organisation au Bénin, au Congo, en Arménie, en République centrafricaine, en Côte d’Ivoire et en Guinée, ainsi que sur les situations au Liban et en Haïti.

Cette évolution correspond à l’ambition affichée par Louise Mushikiwabo dès le début de son mandat : faire de la Francophonie une organisation plus visible et plus pertinente sur la scène internationale, tout en renforçant sa solidarité avec les populations de son espace.

Si le Rwanda considère que le bilan de Louise Mushikiwabo justifie sa reconduction, la prochaine élection s’annonce néanmoins disputée. Trois autres candidats sont officiellement en lice, issus de la République démocratique du Congo, de la Mauritanie et de la Roumanie. Pour la première fois, les candidats ont été soumis à une audition formelle devant la Conférence ministérielle de la Francophonie.

Cette nouvelle procédure constitue d’ailleurs l’un des changements institutionnels importants intervenus sous son mandat. Réformé en 2022, le processus de désignation prévoit désormais un appel à candidatures ouvert, des critères précis, la présentation d’une vision stratégique et une élection formelle par les chefs d’État et de gouvernement.

La candidature de Louise Mushikiwabo intervient par ailleurs dans un contexte diplomatique sensible, marqué notamment par les tensions entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. Kigali mène ainsi une campagne diplomatique pour obtenir des soutiens à sa candidate, notamment auprès de plusieurs États africains.

Au-delà de la personnalité de Louise Mushikiwabo, l’élection de novembre 2026 constituera un choix stratégique pour l’avenir de l’OIF.

Ses partisans mettent en avant la réforme de l’organisation, la rationalisation de sa gestion, le recentrage de ses programmes et le renforcement de son action diplomatique. Ses adversaires devront, eux, convaincre les États membres que la Francophonie a besoin d’une nouvelle impulsion après huit années sous la même direction.

L’enjeu sera donc moins celui d’un simple renouvellement de mandat que celui du modèle de Francophonie que les États membres souhaitent construire pour les années 2027-2030 : une organisation davantage politique, plus économique, plus culturelle ou plus directement tournée vers les préoccupations des populations.

La décision appartiendra finalement aux chefs d’État et de gouvernement des membres de plein droit lors du XXe Sommet de la Francophonie, le 16 novembre 2026 à Phnom Penh. Pour Louise Mushikiwabo, le rendez-vous constituera le véritable test de la solidité de son bilan et de sa capacité à convaincre les États membres de lui confier, un troisième mandat à la tête de l’OIF.

Partager

Laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *