Par Mauricette BADJINA
Le siège de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) a accueilli, ce lundi, le lancement officiel de Campus Mbongi 2026, une école d’été internationale consacrée aux langues africaines, aux savoirs endogènes et à l’écologie. Pendant deux semaines, cette initiative scientifique réunit chercheurs, doctorants, linguistes, anthropologues, écologues, enseignants et représentants des communautés locales venus des onze États membres de la CEEAC.
L’objectif est de créer un espace de dialogue entre les sciences humaines et les sciences de la vie afin de mettre en lumière la contribution des savoirs traditionnels à la préservation de la biodiversité du bassin du Congo. Les organisateurs souhaitent démontrer que les connaissances transmises de génération en génération à travers les langues locales constituent un levier essentiel pour comprendre, protéger et gérer durablement les écosystèmes d’Afrique centrale.

Quarante jeunes chercheurs issus des onze pays de la CEEAC participent à cette première édition. Ils suivront une formation alternant enseignements théoriques et travaux de terrain sous la supervision d’une vingtaine d’experts internationaux venus notamment du Gabon, du Cameroun, du Congo, du Burundi, de la France, de la Belgique, du Brésil et de la Guyane.
Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, David Blaise Ossene, directeur de l’Éducation, de la Culture et du Développement technologique à la Commission de la CEEAC, a souligné que Campus Mbongi s’inscrit dans une dynamique de coopération universitaire et scientifique à l’échelle régionale.
Selon lui, les onze États membres sont représentés dès cette première édition afin de permettre aux étudiants de travailler ensemble à la construction d’une vision commune de la recherche sur les savoirs endogènes.
« La première semaine sera consacrée à l’acquisition des outils méthodologiques nécessaires à la collecte des données scientifiques. La deuxième semaine permettra aux étudiants d’aller sur le terrain, au contact des populations locales, afin de comprendre les pratiques traditionnelles développées depuis des siècles pour préserver la biodiversité », a-t-il expliqué.
Il a également insisté sur la qualité de l’encadrement assuré par des enseignants de renommée internationale, chargés d’accompagner les participants dans l’analyse scientifique des langues africaines, des cultures et des connaissances traditionnelles.
Pour David Blaise Ossene, cette initiative dépasse largement le cadre universitaire.
« Il est temps que l’Afrique centrale ne soit plus seulement une réalité politique. Elle doit devenir un espace de savoir partagé où toutes les langues de notre région contribueront à préserver, valoriser, normaliser et transmettre les connaissances héritées de nos parents et de nos ancêtres. Ces savoirs montrent comment vivre durablement en harmonie avec la nature », a-t-il déclaré.
Il a enfin annoncé que Campus Mbongi a vocation à devenir une école itinérante. Après cette première édition organisée au Gabon, les prochaines pourraient être accueillies par le Cameroun, le Congo ou d’autres États membres de la CEEAC afin de renforcer davantage l’intégration scientifique régionale.
Le coordinateur international du Réseau Bantuphonie, le Dr Fabrice Agyune Ndone, a indiqué que cette première journée était consacrée à la prise de contact entre les étudiants, les enseignants et les experts internationaux ainsi qu’à la présentation du programme de formation.
« Cette journée est consacrée à la prise de contact et à la présentation détaillée du programme. Nous avons réuni des enseignants venant de plusieurs pays ainsi que les étudiants afin de créer une véritable dynamique de travail avant le début des enseignements », a-t-il précisé.
À compter du 28 juillet, les participants rejoindront Cap Estérias pour la phase théorique consacrée à la bioculture, aux langues africaines, aux savoirs endogènes et aux méthodes de recherche interdisciplinaires.

Le 1ᵉʳ août, ils poursuivront leur formation au Parc national d’Akanda, où ils mèneront des observations de terrain, rencontreront les communautés locales et collecteront des données scientifiques sur les pratiques traditionnelles liées à la gestion durable des ressources naturelles.
Selon le Dr Fabrice Agyune Ndone, cette approche permettra de croiser les connaissances scientifiques contemporaines avec les savoirs transmis oralement au sein des communautés afin de produire des recherches utiles à la conservation des écosystèmes et à la valorisation du patrimoine culturel d’Afrique centrale.
À travers Campus Mbongi 2026, la CEEAC pose ainsi les bases d’une nouvelle dynamique de coopération scientifique où les langues, les cultures et les savoirs ancestraux deviennent des outils stratégiques pour la protection de la biodiversité et la promotion d’un développement durable adapté aux réalités de l’Afrique centrale.

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