Par Mauricette BADJINA
Les principales confédérations syndicales du Gabon, réunies ce mercredi 15 avril 2026 à la mairie du 5e arrondissement de Libreville, ont tenu une conférence de presse marquée par des échanges sur l’organisation des futures élections professionnelles et la question de la représentativité des syndicats.
Cette rencontre a rassemblé plusieurs organisations influentes du monde syndical gabonais, notamment la Confédération Syndicale Gabonaise (COSYGA), la Confédération Générale des Travailleurs Forces Libres (CGT-FL), l’Entente Syndicale des Travailleurs du Gabon (ENSYTG), la Confédération Gabonaise des Syndicats Libres (CGSI), et la Confédération Syndicale Démocratique du Travail (CSDT).
Lors de cette conférence, les leaders syndicaux ont insisté sur l’importance des futures élections professionnelles qui auront lieu dans les secteurs public, parapublic et privé. L’objectif de ces élections est clair : déterminer la représentativité des syndicats de base, des fédérations sectorielles, ainsi que des confédérations des travailleurs, dans le but de renforcer leur rôle dans les décisions sociales et économiques du pays. Ce processus s’inscrit dans un cadre plus large de renforcement de la démocratie sociale au Gabon.

Les signataires du communiqué, dont Léon Mébiame (Président de l’ENSYTG), Etienne Moussavou (Secrétaire Général de la CGT-FL), Etienne Lambert Boudzanga (Secrétaire Général de la CSDT), Jean Claude Bekale (Secrétaire Général de la CGSL), et Wenceslas Mba Nguema (Secrétaire Général de la COSYGA), ont exprimé leurs préoccupations face aux modalités électorales actuelles. Ils ont souligné que le système électoral choisi par le gouvernement, après plusieurs débats, ne reflétait pas les réalités des syndicats de base et risquait de mener à une représentation inégale des travailleurs dans les instances décisionnelles.
« Il est impératif de garantir un mode électoral qui respecte la pluralité des syndicats et permette à tous les travailleurs, quel que soit leur secteur d’activité, de se faire entendre », ont souligné les représentants syndicaux.
Le discours a abordé trois points essentiels qui sont jugés cruciaux pour la bonne organisation des élections professionnelles et pour la compréhension des enjeux sociaux au Gabon.
Les confédérations ont rappelé l’importance du dialogue social pour résoudre les conflits et améliorer les conditions de travail. Ce dialogue se décline en trois formes :
• La Négociation collective : Un processus permettant aux syndicats et aux employeurs de discuter des conditions de travail et des droits des salariés. Cette négociation est essentielle pour parvenir à des solutions équilibrées et adaptées aux réalités économiques et sociales.
• La Concertation sociale : Une discussion structurée entre les travailleurs et les employeurs visant à anticiper les conflits et à trouver des solutions avant qu’ils ne dégénèrent. Elle joue un rôle de prévention des tensions sociales et assure une meilleure gestion des relations de travail.
• La Consultation tripartite : Un échange impliquant le gouvernement, les employeurs, et les syndicats, destiné à concilier les intérêts des trois parties pour améliorer les conditions de travail. Cette consultation doit permettre d’établir des politiques publiques équilibrées et respectueuses des besoins des travailleurs.
Ce type de consultation a été mis en avant comme un pilier fondamental pour un dialogue social équilibré. Inscrite dans les normes internationales, notamment celles de la Convention n° 144 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), elle doit permettre d’assurer une participation équitable des trois acteurs sociaux dans la prise de décision. Les syndicats ont insisté sur la nécessité de respecter ce cadre tripartite pour toute réforme législative affectant le monde du travail.
« Il est vital que les travailleurs soient impliqués à chaque étape du processus législatif, car ce sont eux qui seront les premiers à ressentir les effets des changements », ont ajouté les leaders syndicaux.
Le système électoral actuel a fait l’objet de critiques, notamment concernant sa capacité à garantir une représentation juste des syndicats. Les signataires ont appelé à une révision de ce mode électoral pour éviter toute forme de manipulation et assurer que les syndicats de base, qui sont souvent plus proches des travailleurs, puissent réellement représenter leurs intérêts. Ils ont souligné que la consultation des travailleurs sur ces modalités électorales est essentielle pour garantir des élections transparentes et légitimes.
« Le mode électoral doit être un moyen de garantir que les syndicats les plus proches des travailleurs aient une voix forte, et non un outil pour renforcer les syndicats déjà établis au détriment des plus petits. »
Un appel à la mobilisation a été lancé en vue des élections professionnelles prévues pour le 22 avril 2026. Les leaders syndicaux ont encouragé tous les travailleurs, qu’ils soient membres d’un syndicat ou non, à participer massivement à ces élections pour assurer la bonne représentation de leurs intérêts. Ils ont souligné que la réussite de cette élection dépendra d’une mobilisation massive des travailleurs et des syndicats. Ils ont également précisé que cette élection est un moment clé pour faire entendre la voix des travailleurs et influencer les décisions qui façonneront leur avenir.
« Nous avons l’opportunité de faire entendre nos voix, de choisir qui nous représentera dans les négociations futures. C’est une chance que nous devons saisir », ont insisté les signataires.

Les confédérations ont rappelé que la Constitution gabonaise attribue à la fois au Président de la République, au Chef du Gouvernement et au Parlement, l’initiative des lois. Cependant, elles insistent sur le fait que toute réforme législative doit impliquer une consultation avec les syndicats et les représentants des travailleurs, dans le respect des principes du dialogue social et de la consultation tripartite.
Le gouvernement a ainsi été appelé à respecter les normes internationales, notamment la Convention n° 144 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), pour garantir un cadre législatif équitable et adapté aux besoins des travailleurs gabonais.
Enfin, les confédérations ont lancé un appel à la solidarité internationale, soulignant que les syndicats gabonais ne sont pas seuls dans leur lutte. Ils ont mentionné l’exemple de plusieurs pays où des élections professionnelles similaires ont eu lieu avec succès, citant la France, la Belgique, le Canada, et d’autres nations, et ont appelé les travailleurs du monde entier à soutenir la cause gabonaise.
« Nous savons que nous ne sommes pas seuls dans cette lutte. Partout dans le monde, des travailleurs se battent pour leurs droits et leur dignité. Ensemble, nous pouvons faire une différence », ont déclaré les leaders syndicaux.
Les signataires ont conclu leur discours en réaffirmant leur engagement à faire en sorte que l’élection professionnelle du 22 avril 2026 se déroule dans de bonnes conditions et pour garantir une meilleure représentation des travailleurs dans les instances de décision du pays.

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