Par Mauricette BADJINA
Le Gabon a franchi une étape importante dans l’accélération de sa transformation numérique avec le lancement officiel du Smart Africa Youth Chapter (SAYC) Gabon, une initiative nationale visant à doter les jeunes de compétences numériques essentielles pour l’économie de demain.
Organisée au Centre gabonais de l’innovation (CGI), la cérémonie a réuni responsables gouvernementaux, acteurs académiques et partenaires techniques, illustrant un consensus croissant : l’avenir économique du pays dépend de sa capacité à former et autonomiser sa jeunesse.
Le programme SAYC découle du partenariat entre le Gabon et Smart Africa, une alliance panafricaine dédiée à la promotion du développement numérique sur le continent. Son objectif est ambitieux : former 100 millions de jeunes Africains aux compétences numériques.

« Ce programme ne se limite pas à la formation ; il vise à aligner notre jeunesse sur les réalités du marché mondial de l’emploi », a déclaré Landry Stéphane Zeng Eyindanga, Directeur général du CGI.
La déclinaison gabonaise prévoit des formations autour de cinq modules clés, encadrées par des experts, avec un accent particulier sur l’employabilité, l’innovation et l’entrepreneuriat.
Le responsable a également positionné le CGI comme un pilier de l’écosystème numérique national, appelé à devenir un véritable « hub » reliant formation, innovation et création d’entreprises.
Pour Bertrand Mahoukou Bitchinda, président du Conseil d’administration du CGI, le défi dépasse la simple question des infrastructures.
« La transformation numérique ne repose pas uniquement sur les équipements ; elle dépend avant tout de la qualité du capital humain », a-t-il souligné.
Tout en saluant les investissements réalisés par la Société de patrimoine des infrastructures numériques (SPIN), il a insisté sur la nécessité d’élargir l’accès à ces formations, notamment en dehors des grands centres urbains.
Des projets de décentralisation sont en cours afin de réduire les inégalités territoriales et d’offrir des opportunités aux jeunes de l’intérieur du pays.

« Investir dans les compétences, c’est investir dans la souveraineté numérique nationale », a-t-il ajouté.
Clôturant la cérémonie, le ministre de l’Économie numérique, Mark-Alexandre Doumba, a adopté un ton plus introspectif, mettant en lumière les enjeux démographiques du pays.
« Plus de 75 % de notre population est composée de jeunes. C’est à la fois une opportunité et une responsabilité », a-t-il déclaré.
S’il a réaffirmé l’engagement du gouvernement en faveur de l’employabilité des jeunes à travers des formations pratiques, il a également soulevé des questions de fond.
« Sommes-nous collectivement suffisamment engagés ? Pourquoi notre économie ne crée-t-elle pas encore assez d’emplois pour absorber cette jeunesse ? », a-t-il interrogé.
Ces propos soulignent les défis structurels auxquels le pays reste confronté, notamment en matière de diversification économique et de création d’emplois.
La participation d’institutions académiques majeures telles que l’Université Omar Bongo et l’INPTIC témoigne d’une volonté de rapprocher formation et besoins du marché.

Les différents acteurs ont insisté sur l’importance d’adapter les cursus, de stimuler l’innovation et de soutenir l’entrepreneuriat afin de transformer les compétences acquises en opportunités économiques concrètes.
Au-delà des discours, le lancement du SAYC Gabon marque un tournant stratégique : placer la jeunesse au cœur des ambitions numériques du pays.
Entre engagement institutionnel, investissements dans les infrastructures et réforme de la formation, le Gabon pose les bases d’une nouvelle génération capable de participer activement à l’économie numérique.
Reste à savoir si cette initiative se traduira par une création massive d’emplois et une croissance durable. Une chose est certaine : le pays mise désormais clairement sur sa jeunesse pour porter cette transformation.

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